À l’approche du futur règlement sur le développement du cloud et de l’IA (CAIDA ou CADA), les fournisseurs européens demandent des mesures fortes pour limiter la portée des offres étrangères présentées comme souveraines, de privilégier les fournisseurs européennes dans le cadre de la commande publique et de garantir les conditions d'une concurrence équitable.
Les acteurs du cloud européens à la charge. Dans le cadre du futur règlement sur le développement du cloud et de l’IA (CAIDA ou CADA), attendu pour le premier trimestre de 2026, une vingtaine de membres de l’association, qui regroupe des fournisseurs de services cloud européens, ont adressé une lettre à Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie.
Ils demandent que le texte soutienne la politique européenne du cloud, orientée vers la souveraineté, la résilience et une concurrence équitable. « Cette première politique européenne globale en matière de cloud devrait renforcer les capacités numériques de l’Europe en priorisant les achats publics et les investissements dans des solutions européennes souveraines, favorisant ainsi un écosystème cloud compétitif », écrivent-ils. Et ce, plutôt que de permettre aux hyperscalers non européens des pratiques de “sovereignty washing”. Cette expression se réfère aux annonces des hyperscalers qui développent des offres de cloud qu’ils qualifient volontiers de souveraines.
Contrôler pour mieux protéger
Les fournisseurs de cloud européens plaident pour que la souveraineté soit définie par le contrôle, et non par la seule présence au sein de l’UE ou par la cybersécurité.
« Les critères de souveraineté devraient refléter un contrôle effectif, la propriété des technologies et une protection contre les juridictions extraterritoriales », comme le Cloud Act des États-Unis, qui permet dans certains cas aux autorités de consulter des données de citoyens européens, même si celles-ci sont stockées à l’étranger. L’association défend en outre ce qui s’apparente à un Buy European Act, en prônant l’idée que des parts des marchés publics soient réservées aux fournisseurs cloud européens. « À tout le moins, les marchés publics devraient suivre un principe clair : “Acheter européen — ou assurer la résilience — ou justifier”. Les cadres de passation de marchés à grande échelle qui excluent de fait les fournisseurs européens devraient être évités. »
Ils défendent également l’idée de favoriser la concurrence, l’interopérabilité et les initiatives de cloud fédéré européen, tout en interdisant certaines pratiques comme le couplage des services d’IA et de cloud, qui poussent les utilisateurs à rester chez les hyperscalers, quoi qu’il en coûte. Le Cispe défend aussi l’idée que les investissements publics financent en priorité le cloud et l’IA européens, « pour soutenir le développement de sources d’approvisionnement locales alternatives ». À l’heure actuelle, Amazon, Microsoft et Google représentent à eux trois plus de 70 % du marché du cloud en Europe. Selon une étude du cabinet Astérès, les Américains représentent 83 % du marché du cloud européen.

